DésOrdre, première partie
Par admin le vendredi 30 mai 2008, 12:55 - Textes - Lien permanent
Contrôle des identités.
Les mots retentissent dans l'espace confiné du train, portés par le synthétiseur vocal des Protecteurs de l'Ordre. Une nouvelle invention de l'Ordre pour rendre ses agents toujours plus impersonnels, moins vulnérables, les faire ressembler de plus en plus à des robots.
Ces mots étaient devenus routine, et peu de gens se souvenaient de comment on en était arrivé là. Colin ne s'en souvenait pas, mais il le savait, il l'avait lu dans un Ouvrage, avant qu'ils ne soient interdits et remplacés par la Littérature. Une vie s'était écoulée depuis, malgré ses vingt ans. C'était avant qu'il ne rejoigne les Sans-Papiers, cette organisation dont l'origine se perdait dans le temps. Certains disaient même qu'elle existait avant l'Ordre.
Colin pensait à ça, à comment tout avait commencé quand il sentit le lourd gant plombé d'un Protecteur se poser sur son épaule.
Il était perdu. Un des rites d'entrée chez les Sans-Papiers était l'abandon de son BioPass, cette carte d'identité contenant toutes les informations sur le porteur et permettant à l'Ordre de traquer les citoyens. Ne pas en avoir lors d'un contrôle signait son arrêt de mort.
Il tourna la tête et croisa son regard apeuré dans la visière qui cachait le regard du Protecteur.
BioPass.
Encore un mot craché par le synthétiseur. Colin avait entendu des histoires, racontées par les anciens, du temps où les Protecteurs utilisaient encore leur voix. Il avait du mal à croire qu'ils aient pu un jour former les mots "s'il vous plaît". Les Protecteurs n'avaient plus grand chose d'humain à présent. Une combinaison de bioplastique, résistant aux chocs et aux balles, recouvrait toutes les parties du corps qui ne l'étaient pas déjà par les gants, le casque ou les furtibottes. Une autre invention des Constructeurs de l'Ordre, ces scientifiques qui dédiaient leur carrière à améliorer la technologie que l'Ordre utilisait pour maintenir son emprise sur les gens. C'était une constante des dictatures, les bottes, mais pour la première fois, celles-ci ne produisaient pas ce claquement caractéristique. L'Ordre ne cherchait pas à impressionner, il cherchait à abattre, et le meilleur moyen d'y arriver était de surprendre.
BioPass.
Peut-être que le faux BioPass rudimentaire que Colin avait sur lui ferait l'affaire. Dans le pire des cas, il lui procurerait peut-être quelques précieuses secondes pour fuir. Il sortit le BioPass de sa poche.
Le BioPass doit être visible à tout instant.
Il était au courant, merci bien, mais son faux était tellement flagrant que le premier Ami de l'Ordre l'aurait dénoncé. Il le tendit quand-même.
Vérification en cours. BioPass incorrect. Arrestation.
Le coeur de Colin s'emballa. Ces mots avaient alerté les autres Protecteurs, et ils se dirigeaient vers lui.
Il se laissa tomber au sol et rampa vers la porte du wagon. La moquette de mauvaise qualité lui brûlait les avant-bras. Arrivé au bout de la rangée, un encouragement retentit, suivi d'un bruit sourd.
Il jaillit de sous les sièges comme un diable d'une boîte et plongea à travers la porte coulissante du wagon, pas encore refermée après le passage d'un usager de retour des toilettes. La porte se referma derrière lui.
Il entendit plus qu'il ne sentit les balles traverser la vitre et rentrer dans son dos.
Quand son corps heurta le sol, son coeur avait déjà arrêté de battre.
Suspect neutralisé.
Le synthétiseur vocal du Protecteur de l'Ordre P2478 s'était mis en route automatiquement quand les signes vitaux du fuyard avaient disparu de ses instruments.
Encore une arrestation, encore une exécution, sur laquelle il n'avait aucun contrôle. La combinaison fait tout pour lui. Lever le bras au bout duquel est greffée l'arme réglementaire, parler, regarder. La seule chose à laquelle il sert, à l'intérieur de cette combinaison, c'est la faire se déplacer. Les constructeurs se battaient toujours avec le déplacement bipède d'un robot, mais à terme... À terme l'Ordre n'aurait plus besoin de lui.
Encore une arrestation, et avec chaque exécution, il se sentait de moins en moins humain, de plus en plus automate. Quelques fois, il le savait, il s'abandonnait entièrement aux décisions de la combinaison, reliée au Cerveau, l'ordinateur central de l'Ordre. Par paresse, par dégoût pour ce qu'il fait. Peut-être juste pour pouvoir se dire que ce n'était pas lui qui avait pressé la gachette. En effet, ce n'était pas lui, mais sa main tenait l'arme.
"Je ne fais qu'obéir aux ordres." c'est ce qu'il se répète, encore et toujours.
À suivre...

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Commentaires
La suite ! TU GLANDOUILLES.
Ça vient, j'ai commencé la deuxième partie mais je suis un peu en manque d'inspiration.
Devrait être finie d'ici la fin du week end je pense, voire avant.
Et puis merde, WHEN IT'S DONE.
L'histoire se lit bien, même si tu reprends des thèmes usités et usés depuis un petit moment déjà, donc, fais gaffe à ne pas faire du réchauffé... J'attends quand même la suite, on peut pas trop se baser que ce sur ça, le début annonce quand même d'autres choses intéressantes
Je sais que le thème n'est pas très original. D'ailleurs l'écriture non plus, j'en suis conscient.
Mais si je peux faire passer un moment agréable à deux trois personnes, bah c'est déjà bien d:
pas mal, mais peut être un peu trop désincarné dans le style, j'attendds la suite aussi :p